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Le blob à la conquête de l’espace

Le blob à la conquête de l’espace

30.03.2021, par
Mis à jour le 21.04.2021
Le blob, ou "Physarum polycephalum", peut s'étaler sur plusieurs mètres carrés et doubler de taille chaque jour lorsqu'il est élevé en laboratoire. Mais quel comportement adoptera-t-il dans l'espace ?
A bord de la Station spatiale internationale, Thomas Pesquet va être rejoint par quatre blobs, mystérieux êtres unicellulaires dépourvus de cerveau. Grâce à eux, le spationaute procédera à différentes expériences qui seront aussi réalisées sur Terre par des milliers d'élèves avec le concours du Cnes et du CNRS.

« Je vous propose d’adopter un blob  ! » L’appel lancé sur les réseaux sociaux par Thomas Pesquet, prêt à embarquer vendredi 23 avril pour son second séjour à bord de la station spatiale internationale (ISS), devrait faire des heureux : près de 2 000 classes sont invitées à participer, avec le spationaute, à une grande expérience sur cette drôle de créature. Si le blob évoque de loin une grosse tache de moisissures colorées, il est en fait un amœbozoaire : une cellule unique contenant plusieurs noyaux. Cela n’empêche pas qu’un seul individu puisse s’étaler sur plusieurs mètres carrés et doubler chaque jour de taille tandis que tous ses noyaux se divisent en même temps. « Nous étudions le blob pour sa plasticité incroyable pour une créature unicellulaire, explique Audrey Dussutour, directrice de recherche au Centre de recherches sur la cognition animale1. Il est capable d’apprendre et mémoriser, de transmettre des informations à ses congénères ou encore de trouver son chemin dans un labyrinthe, comme le ferait un animal en apparence plus sophistiqué. »

Audrey Dussutour, spécialiste du blob, présente un spécimen dont deux morceaux ont été fraichement prélevés.
Audrey Dussutour, spécialiste du blob, présente un spécimen dont deux morceaux ont été fraichement prélevés.

Le blob appartient plus précisément à la vaste classe des myxomycètes, comportant environ 10 000 espèces, et n’est ni un champignon, ni un lichen, ni un animal. Les scientifiques privilégient pour leurs travaux l’espèce Physarum polycephalum, une étrange masse jaune qui s’élève facilement en laboratoire. En sera-t-il de même dans l’espace pour les quatre blobs qui rejoindront Thomas Pesquet en juillet à bord de l'ISS ? Le spationaute sera tout d’abord chargé de les sortir de leur dormance en les réhydratant. Un état stationnaire dans lequel les blobs peuvent rester plusieurs décennies ! Sans que l’on comprenne encore comment elle y parvient, la dormance régénère également la cellule lorsqu’elle a trop vieilli. « Notre doyen fête ses soixante-dix ans et il se porte comme un charme, s’amuse Audrey Dussutour, qui a lui a dédié un livre et inspiré le documentaire Le Blob, un génie sans cerveau. Nous en avons aussi réveillé un qui était en dormance depuis trente ans ! Les individus sont très différents les uns des autres. Certains sont plus sociaux, plus rapides ou plus sages, car il y en a qui tentent tout le temps de s’échapper ! »

#ÉlèveTonBlob, l'expérience éducative du CNES

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Année de production: 
2021

Des passagers mis en boîte

À bord de l’ISS, les blobs seront maintenus dans des boîtes les protégeant de la lumière, où ils seront filmés par à-coups afin de ne pas trop les exposer, au rythme de quelques secondes toutes les dix minutes. Leur vitesse de déplacement est de toute façon trop faible pour qu’il soit utile de les observer en permanence. Dans leurs boîtes, certains blobs auront quatre flocons d’avoine, leur aliment préféré, placés à équidistance, en carré, et d’autres n’auront pas de nourriture. Les vidéos montreront si leurs comportements et leurs stratégies changent en microgravité. En temps normal, les blobs se connectent aux flocons un par un. Un phénomène que pourront donc constater les élèves d’environ deux mille classes françaises, qui reproduiront l’expérience sur Terre avec autant de blobs préparés par Audrey Dussutour et son équipe. Organisée avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), cette opération sera, en effet, avant tout à but éducatif.

Les blobs seront enfermés dans une blob-box durant leur séjour à bord de l'ISS.
Les blobs seront enfermés dans une blob-box durant leur séjour à bord de l'ISS.

« Nous ne pourrons malheureusement pas envoyer assez de blobs sur l’ISS pour aboutir à une publication scientifique, regrette Audrey Dussutour. Le moindre gramme à expédier dans l’espace coûte extrêmement cher, et chaque élément est soumis à des protocoles stricts. Même la colle des boîtes et les papiers filtres, qui permettront aux blobs de respirer, doivent être homologués. Nous testons d’ailleurs des méthodes pour stériliser les blobs sans les stresser, une étape obligatoire pour tout ce qui rentre dans l’ISS. » Le tout atteint grosso modo la taille d’une cafetière, et est conçu pour maintenir les blobs dans le noir tout en les laissant respirer, et sans qu’ils puissent s’en échapper. Un cahier des charges bien compliqué quand on connaît le talent de ces créatures pour se faufiler dans des espaces infimes, d’autant plus qu’ils seront pour la première fois en apesanteur. Les gestes pour les réhydrater et les entretenir sont également consignés et optimisés, car Thomas Pesquet devra les effectuer sans ouvrir les boîtes tout en étant occupé à de nombreuses autres tâches.

Réveil en apesanteur

Les kits envoyés aux établissements scolaires seront bien entendu plus simples, et tiennent dans une enveloppe. Malgré sa lenteur, le blob fascine petits et grands, au point qu’il soit disponible à la vente en ligne avec de quoi réaliser quelques expériences. Certains passionnés s’échangent même des espèces. « Il est devenu le nouveau Tamagotchi, je suis toujours agréablement surprise de son succès », s’exclame Audrey Dussutour, pour qui les liens avec le Cnes se sont créés en 2018, suite à une de ses conférences de vulgarisation alors que les myxomycètes attiraient de plus en plus l’attention du grand public. « Nous espérons pouvoir envoyer davantage de blobs sur l’ISS lors d’une prochaine mission, surtout si nous sommes étonnés par leur comportement dans l’espace, poursuit Audrey Dussutour. Pour l’instant, ce sera déjà une victoire s’ils se réveillent, car on ne sait pas à quel point l’apesanteur va les affecter. Des tests de vibration ont en tout cas montré qu’ils ne devraient pas être perturbés par les secousses du décollage. »

Le spationaute Thomas Pesquet, ici dans le laboratoire spatial européen Columbus qui fait partie de l'ISS (26 novembre 2016, mission Proxima). Les blobs seront-ils aussi à l'aise que lui en apesanteur ?
Le spationaute Thomas Pesquet, ici dans le laboratoire spatial européen Columbus qui fait partie de l'ISS (26 novembre 2016, mission Proxima). Les blobs seront-ils aussi à l'aise que lui en apesanteur ?

Une fois à bord, qui sait comment les blobs vont réagir à la microgravité ? Audrey Dussutour pense que cela leur permettra d’adopter une structure en 3D, formant des sortes de piliers, alors que sur Terre ils s’étalent toujours à plat en suivant les formes de leur substrat. De quoi ajouter de nouveaux talents à cette créature déjà incroyable. « Nous ne comprenons pas encore comment il parvient à faire tout cela en étant unicellulaire, mais le blob a déjà cassé le dogme selon lequel un organisme ne peut pas apprendre sans cerveau, souligne Audrey Dussutour. L’homme a longtemps pensé que les animaux n’étaient pas intelligents, puis on est descendu aux insectes, aux cellules… En fait, les créatures qui nous entourent sont forcément assez complexes et plastiques pour survivre, trouver de quoi s’alimenter ou un partenaire. »

Psychologie, comportements sociaux et efficacité

La chercheuse, épaulée par deux étudiants et deux doctorants, mène de véritables expériences de psychologie sur les blobs. Il s’agit de tester leur capacité à prendre des décisions lorsqu’ils sont en présence de sources de nutriments qu’ils ne peuvent pas toutes atteindre en même temps. Mis en présence de congénères, le blob sait reconnaître qui est en bonne santé et n’est pas stressé par le manque de nourriture. Il va alors s’approcher des biens portants et fuir les autres. Il parvient aussi à identifier ceux qui ont été exposés à la lumière ou empoisonnés, et ce sans avoir à les toucher. « Le blob va même détecter et éviter un camarade qui a été stressé par le passé, mais a été nourri depuis, s’étonne Audrey Dussutour. On suppose qu’ils communiquent en diffusant des molécules, mais nous n’avons pas encore trouvé quelles substances chimiques sont utilisées en cas de problème. Ils émettent par contre du calcium quand ils sont en bonne santé, ce qui attire les collègues. Ils fuient surtout les blobs affamés, qui sont pour eux bien pires qu’un individu irradié ou empoisonné ! »

Blobs dans des boîtes de Petri. Bien que dépourvus de cerveau, il sont capables d'apprendre de leurs expériences et de transmettre leurs apprentissages à un congénère en fusionnant avec lui grâce à un réseau veineux très dense.
Blobs dans des boîtes de Petri. Bien que dépourvus de cerveau, il sont capables d'apprendre de leurs expériences et de transmettre leurs apprentissages à un congénère en fusionnant avec lui grâce à un réseau veineux très dense.

Ces débuts de comportements sociaux fascinent les chercheurs, mais les blobs sont aussi étudiés pour des questions d’optimisation. Ils sont en effet composés de réseaux de veines qui changent tout le temps de taille et de forme selon les besoins. Une équipe japonaise de l’université d’Hokkaidō a ainsi placé un myxomycète sur une carte du Japon, où des flocons de nourriture étaient disposés au niveau des grandes villes. Le blob s’est alors étendu d’une manière aussi robuste et efficace que le véritable réseau ferré nippon, mais à moindre coût car il reliait moins souvent les points qui étaient déjà suffisamment « desservis ». Après le train et la fusée, que nous réserve le blob pour l’avenir ? ♦

Vite !
Les inscriptions des scolaires pour participer à #EleveTonBlob sont ouvertes jusqu'au 21 mai.

À lire
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander, Audrey Dussutour, éd. J'ai lu, coll. "Sciences", mars 2019, 192 p.

À voir
Le Blob, un génie sans cerveau (documentaire)

À lire sur le site du CNRS
Le blob dans les classes et dans l’espace

À lire & à voir sur notre site
Le blob, nouvelle star du zoo de Paris
Le blob, la cellule qui apprend (vidéo)

Notes
  • 1. Unité CNRS/Université Toulouse Paul Sabatier.
Aller plus loin

Auteur

Martin Koppe

Diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille, Martin Koppe a notamment travaillé pour les Dossiers d’archéologie, Science et Vie Junior et La Recherche, ainsi que pour le site Maxisciences.com. Il est également diplômé en histoire de l’art, en archéométrie et en épistémologie.

Commentaires

1 commentaire

Cette expérience est prometteuse. Mais ayant visionné les conférences de Mme Dussutour je serais très intéressée pour savoir quelle souche de Physarum polycephalum a été remise aux écoles. Si quelqu'un peut me renseigner, je lui en serais reconnaissant.
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du journal CNRS